Le Leadership Charismatique : une réplique (par Docteur Worden)

Le Docteur Worden a écrit un article en réponse à celui que j’ai récemment publié portant sur le leadership charismatique. Il propose des parallèles intéressants entre la conception du leadership charismatique et la situation présente du gouvernement des États-Unis.

 

Même si quelques-unes de ses idées s’opposent à mes écrits sur le leadership partagé, il est intéressant de remarquer que deux points de vue opposés peuvent en supporter un autre. Dans ce cas-ci, le docteur Worden nous propose la révision du modèle de leadership charismatique pour laisser place à d’autres types de leadership plus efficaces et qui favorisent d’avantage la collaboration.

 

Bonne lecture!

 

Edith Luc

 


 

Le Leadership Charismatique : une réplique

par le Docteur Worden

 

Je suis particulièrement touché par le passage suivant de l’article à Edith Luc sur le leadership charismatique: « il est risqué, voire utopique, d’attendre que se manifeste un leader charismatique, unique et exceptionnel, capable de nous mobiliser tous.»

 

Je pense particulièrement à l’énorme emphase placée par les corporations américaines sur la position du PDG et du gouvernement des États-Unis sur le Président américain. En se réunissant autour d’un individu au pouvoir plutôt qu’un comité ou un groupe de personnes, on associe des qualités uniques et exceptionnelles à certains individus, au point où ils sont considérés surhumains. 

 

Théoriquement, la notion du leadership charismatique implique qu’il y a des nuances extrêmes dans la nature humaine, où certaines personnes sont essentiellement surhumaines et qu’elles doivent être vénérées. Le charisme, qui provient du mot charismata, signifie littéralement « dons de l’esprit » et implique qu’une personne doté de charisme détient un don spécial, offert par Dieu lui-même. La vénération d’héros ferait donc partie du concept du leadership charismatique.

 

Même si cette notion semble innocente quand Barak Obama en est le bénéficiaire, Edith Luc nous rappelle qu’Hitler aussi était considéré par plusieurs comme un leader charismatique. Le film Triomphe de la Volonté nous montre que plusieurs allemands, y compris Hitler lui-même, présumaient que la survie du Führer aux nombreux attentats d’assassinat était un signe que Dieu avait approuvé sa mission.

 

En résumé, il serait dangereux de se laisser emporter par le leadership individuel manifesté avec le charisme. L’approche individuelle encouragerait ce danger, où l’interruption d’une valeur critique est accompagnée d’une emphase exagérée sur la personnalité d’un leader en particulier, au point où un leader charismatique pourrait même s’en sortir avec un meurtre. Il serait donc nécessaire de réévaluer les fondements du leadership charismatique afin de se diriger vers d’autres types de leadership.

 

La théorie du leadership charismatique suggère que la nature humaine est constituée d’une variété d’individus, variant de nature ordinaire à extraordinaire. Si cette théorie s’avère fausse, le ralliement autour d’un individu d’une organisation ou gouvernement serait à la fois artificiel et excessif.

 

Une approche plus égalitaire au leadership pourrait impliquer le remplacement d’un top leader individuel par un comité. Dans le cas de la Convention Constitutionnelle des États-Unis par exemple, des délégués débattaient l’élection d’un comité présidentiel en tant qu’alternative à un office opéré par une personne. La guerre révolutionnaire nous précédant de peu, ces délégués ont optés pour la première option à cause de l’énergie requise du commandant en chef.

 

Dans un monde où la notion du leadership est réservée à un seul individu, la décision d’une transition vers un conseil semble radicale. La réaction exagérée suite à un tel changement confirme l’influence du leadership charismatique dans notre société plutôt que la radicalité de la situation elle-même. En conclusion, il serait utile d’examiner des alternatives au leadership charismatique dans l’approche individuelle.

 

Afin de débuter la rejection des notions du leadership charismatique tout en suivant la tradition du leadership individuel, il faudrait mettre en place des changements au niveau organisationnel tels que la réévaluation des différences salariales entre les employés et le PDG d’une compagnie quelconque. La réduction de la durée de temps d’une campagne électorale (qui est maintenant presque deux ans, la moitié d’un terme) serait une autre mesure efficace pour une transition vers d’autres modèles alternatifs de leadership.

 

Ainsi, comme le leadership charismatique a tendance à exagérer les qualités uniques et exceptionnelles des leaders d’organisations et de gouvernements, on devrait porter moins d’attention (et d’argent) à ces individus qui mènent nos organisations et nos gouvernements.

 

Par contre, même si la notion du leadership individuel supportant le leadership charismatique est trop répandue dans les sociétés modernes, la notion d’une intelligence collective me parait également de nature anthropomorphe car l’intelligence est une qualité mentale plutôt que celle d’une organisation.

 

Conséquemment, il serait également faux de traiter une société, ou organisation, en tant qu’alternative au leader charismatique. En traitant tout le monde comme « participant » du leadership, on risque de rendre la conception du leadership redondante. De la même manière, les concepts de leader et suiveur pourraient perdre leur sens si tout le monde est à la fois l’un et l’autre.

 

D’un autre côté, les implications reliés au leadership charismatique ne brouillent pas les sens des mots leader et suiveur; le leadership du leader n’est pas usurpé et complètement démocratisé comme dans la notion d’intelligence collective. Je ne suis pas en train de suggérer qu’Edith Luc soutient ces concepts, cependant je propose qu’une personne puisse arriver à ces conclusions en suivant la notion d’intelligence collective, un concept qu’elle encourage et que de mon côté, je repousse.

 

Peut-être bien que la notion d’intelligence collective proviendrait d’une dynamique de petit groupe, où une discussion engendrerait des résultats. Cependant, je débattrais qu’un tel échange résulte d’informations échangées entre des intelligences distinctes (provenant de l’esprit, par exemple). Dans le cas du leadership charismatique, je crois que l’identification dépend du leader et du fait qu’il provient d’une organisation (ou gouvernement) d’une assez grande dimension.

 

À petit niveau, tel que dans un groupe, un leader ne peut paraître plus grand que nature, conséquemment il ne pourrait pas apparaître unique et extraordinaire aux yeux de son groupe. Autrement dit, une certaine distance est nécessaire afin de créer l’illusion de la nature surhumaine d’un leader considéré charismatique. L’expression «nul n’est prophète dans son propre pays» illustre bien ma position sur le sujet.

 

Pour conclure, j’avance que le leadership charismatique ne s’applique pas à petite échelle, c’est-à-dire au groupe ou bien au département. Plutôt, il s’applique à la plus haute échelle de leadership dans une organisation ou gouvernement (et même ici, dans un établissement d’assez grande dimension).

 
 

© 2011, Docteur Worden. Tous Droits Réservés.

 

(L’article a paru originellement sur le blogue du Docteur Worden, le 30 juin 2011.)


One Response to “Le Leadership Charismatique : une réplique (par Docteur Worden)”

  • 1 Vincent BERNARD Says:

    Bonjour a tous,

    Je souhaite apporter des commentaires sur la perception du leadership charismatique et la relation avec le leadership partage d’Edith et du Dr Worden.
    Le leadership charismatique est certainement utile en terme d’image et confort pour tenter de rassembler une population comme par exemple une election presidentielle.
    Face a une personne charismatique, on est impressionne. Ouah il est impressionnant mais est ce qu’il peut faire le job?
    En ces temps de complexite grandissante (multiculturel, immensite d’information, problemes pluridisplinaires), il est devenu tres complique de tout comprendre tout seul.
    De plus un leader qui utilise un groupe de maniere assez verticale ne parviendra pas a produire suffisamment de valeur.
    Un president ou un leader d’equipe fait face a la dynamique de groupe d’une maniere, j’ai l’impression assez equivalente.
    Aujourd’hui dans nos organisations, on ne peut pas se passer d’un leader officiel. Dans le meme temps la capacite de leadership de cette personne n’est plus suffisante pour tout gerer et etre performant.
    Le leader d’aujourd’hui est un architecte social qui doit se focaliser sur cette capacite de leadership, ces comportements qui vont faire que l’equipe ou l’organisation va savoir quoi faire et mettre en place.
    Plus on se mets en equipe pour tacler cette complexite et plus la solution sera long terme.
    Plus cette solution est long terme, plus l’organisation va pouvoir se focaliser sur d’autres aspects de cette complexite.
    Pour moi, reflechir en tant que leader charismatique est “misleading” et mets du stress sur les leaders (pas le droit a l’echec) et sur les suiveurs (non tu n’es pas un leader).
    On peut penser en terme de leader dans une organisation mais pas en terme de suiveur. Qui veut etre qualifier de suiveur? Cela motive personne. Plus c’est complique plus tu dois motiver pour avoir la creativite maximale possible dans l’equipe.
    Dans mon entourage, je ne vois pratiquement personne de charismatique. On devrait se reposer sur ces personnes qui n’existent que trop rarement?
    C’est le groupe qui nous fait reussir qu’on soit president ou qu’on un petit team leader.

    A+
    Vincent

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