Le leadership charismatique: entre mythe et réalité

Un des commentaires que j’entends parfois sur le leadership est que les vrais leaders sont nécessairement charismatiques. Ce commentaire me laisse perplexe car il sous-entend à mon avis deux fausses croyances: d’abord que le leadership n’appartient qu’à des personnes extraordinaires et d’autre part, que la mobilisation autour d’une vision dépendrait du charisme du chef ou du leader.

 

Dans une ère où les organisations dépendent davantage de l’intelligence collective que du charisme du chef d’entreprise, il est risqué, voire utopique, d’attendre que se manifeste un leader charismatique, unique et exceptionnel, capable de nous mobiliser tous.

 

C’est plutôt du leadership de tous les travailleurs du savoir dont nous avons besoin. Mais se pourrait-il que nous n’ayons pas la même définition de ce qu’est le leadership charismatique ?

 

La question mérite donc d’être posée: Qu’est-ce que le leadership charismatique ?

 

Le charisme: un don, un ascendant exceptionnel qu’une personne exerce sur les autres

 

Selon des écrits fondamentaux sur le sujet (ceux de Max Weber, de Holl, 1985;  Sohm, 1982 voir Ouedraogo, 1993), il ressort que le charisme aurait cinq caractéristiques fondamentales:

 

    1. Il s’agit d’un phénomène relationnel;

    2. où une personne exerce un fort ascendant sur les autres;

    3. en raison d’un pouvoir ou d’un charme naturel exceptionnel;

    4. ce charisme lui est reconnu par des suiveurs ou des disciples;

    5. finalement, le leader charismatique et les suiveurs se partagent une expérience émotionnelle empreinte d’enthousiasme.

 

Le charisme: un phénomène qui dépend de la reconnaissance qu’en font les «disciples»

L’individu charismatique détiendrait un pouvoir extraordinaire grâce au soutien de ses suiveurs immédiats. Entre le chef et ses suiveurs se forme une «communauté émotionnelle» c’est-à-dire un partage d’émotions, une expérience émotive commune marquée par l’admiration, l’enthousiasme, une confiance quasi aveugle et une sensation de pouvoir.

 

Autrement dit, le charisme est un attribut qui a besoin pour se manifester de la reconnaissance qu’en fait un groupe d’individus, lesquels obéissent à l’appel et à la vision du leader. Cette reconnaissance dépend des individus, de leur ressenti émotionnel en présence du leader charismatique et de la foi qu’ils ont en cette personne. L’ascendant du leader n’est pas universel, tous n’éprouvant pas le même ressenti enthousiaste devant l’individu en question.

 

Ainsi, Hitler était charismatique pour les uns mais pas pour les autres. De la même façon, Obama est charismatique pour certains mais pas pour tous. Prenons le cas de Dominique Strauss Khann. Avant le 14 mai 2011, plusieurs (mais pas tous) le décrivaient comme un leader charismatique, prêts à le suivre dans ses aspirations présidentielles et à se laisser guider.

 

Depuis cette date fatidique, son leadership charismatique s’est fortement évaporé, faute de reconnaissance sociale, de confiance en sa personne, d’exemplarité de ses actions présumées. Pourtant, le talent «exceptionnel» de l’individu demeure le même.

 

Ce qui a changé, c’est l’appréciation qu’en font plusieurs de ses anciens admirateurs. Il n’y a donc pas de charisme sans l’oeil des admirateurs (ou suiveurs). Le leadership charismatique n’est donc pas permanent et  peut même s’avérer très volatile.

 

Mais pour exercer du leadership faut-il une qualité qui s’apparente au charisme ?  Faut-il avoir un certain ascendant sur les autres ? Rappelons d’abord que le leadership est un processus d’influence entre des individus mobilisés par un but commun.

 

Et bien que ressentir de l’enthousiasme devant un leader charismatique soit une expérience agréable, il n’est pas du tout nécessaire d’avoir un don exceptionnel pour exercer de l’influence au sein d’un groupe.

 

Qui plus est, l’exercice du leadership appartient à tous ceux et celles qui peuvent et veulent influencer le déroulement d’une situation ou la résolution d’un défi. Il faut cependant des ingrédients qui sauront susciter l’impact recherché dont:

 

  • La conviction que le but poursuivi en vaut vraiment la peine et les efforts. Cette conviction peut amener de grands timides à sortir de leur réserve habituelle.
  • La crédibilité qui vient de l’expérience, de l’expertise et de la réputation. Cette crédibilité est toujours à développer en rapport avec son domaine d’activités. Elle favorisera l’écoute et l’attention de ses collaborateurs en plus de renforcer son propre sentiment d’efficacité personnelle.
  • La confiance non seulement en soi mais dans ses décisions et ses actions. Au contraire, le doute et  l’incertitude, parfois nécessaires pour s’améliorer, nuisent au leadership lorsqu’ils sont chroniques ou injustifiés.
  • La transmission verbale et non verbale de ce qui précède: convictions, crédibilité et confiance en soi, dynamisme, de même que croyances dans la probabilité que se réalise la vision. Toutes les facettes de la communication sont utiles dans l’exercice du leadership, qu’elles soient verbales, non-verbales, écrites ou orales.
  • La capacité de valoriser les compétences (intérêts, motivations, aspirations, appuis et capacités) de ses collaborateurs que sont les employés, les clients, les fournisseurs et les collectivités. L’exercice du leadership ne se fait pas en vase clos mais bien dans un environnement social. Un véritable leader est celui qui atteint les résultats attendus tout en actualisant un capital de collaboration autour de soi. Réaliser un chiffre d’affaires mais en s’aliénant les personnes relève davantage du mercenariat que du leadership.

 
 

Conclusion.

Un des mythes du leadership c’est de croire que seuls quelques-uns, dotés d’un charisme unique, peuvent influencer et mobiliser. La réalité est, qu’en ces temps de complexité, le leadership doit être partagé, exercé partout dans l’organisation et dans nos sociétés.

 

Ce que nos chefs d’entreprises souhaitent aujourd’hui, c’est moins d’avoir des employés qui les suivent aveuglément tels des disciples, que d’être entourés de partenaires mobilisés dans la résolution des défis, et de personnes aptes à proposer des solutions,  prêtes à sortir des sentiers battus.

 
 

Edith Luc

 

© 2011. Edith Luc. Tous Droits Réservés.


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