Audace et courage: deux facettes du leadership

Un gestionnaire me disait récemment que, pour plusieurs dans son entourage le leadership était surtout synonyme du pouvoir exercé par la tête d’une organisation, du désir de domination d’une personne sur les autres pour arriver à ses propres objectifs, ou que le leadership était une qualité exceptionnelle. Conséquemment, rares sont ceux, me disait-il, qui veulent ou disent avoir du leadership. Pourtant, le leadership c’est l’exercice de l’influence qui se produit AVEC les autres et non SUR les autres. Qui plus est, personne ne peut s’approprier aujourd’hui le titre de leader à moins d’avoir derrière lui, une équipe mobilisée.

 

Cette conception du leadership en tant que dynamique commune est d’autant plus importante que nous nous devons, dans nos organisations comme dans nos sociétés, trouver ensemble des solutions à nos défis complexes et communs. C’est ensemble que les solutions émergent grâce à la synergie des expertises, des expériences et des idées qui émergent des uns comme des autres.

 

Mais pour un exercice plus répandu du leadership en lien avec un but commun, nous nous devons de développer deux qualités propres aux leaders: l’audace et le courage.

 

Dans cette chronique, je veux regarder avec vous ce que ces deux qualités veulent dire concrètement dans l’exercice du leadership.

 


 

L’Audace.

L’audace, c’est ce qui se produit lorsque l’on prend une action, une orientation qui ne s’inscrit pas dans l’habituel, le connu ou le conformisme ambiant et confortable. C’est oser faire des choses difficiles et sortir des sentiers battus. Exercer du leadership, c’est oser dire, oser influencer l’autre; c’est proposer haut et fort des solutions jusque là inédites ou que d’autres ne se sont pas permis de verbaliser; c’est faire abstraction du groupe et de ses pressions sociales pour mieux contribuer à une collectivité.

 

La leader ou l’entrepreneure est par définition une personne audacieuse. Je souligne ici la mémoire de Steve Jobs et de son audace dans sa vision des technologies et comment elles peuvent être au service de tout être humain dans toutes les sphères de sa vie.

 

Je souligne aussi l’audace récente de deux femmes du Québec. D’un côté, Mme Chantal Rouleau, mairesse de l’arrondissement Rivières-des-Prairies a eu l’audace de dénoncer la main mise du crime organisé sur les appels d’offres et ce, en raison d’une loi désuète qui oblige à prendre le plus bas soumissionnaire. Son audace relève du fait qu’elle ose dénoncer directement haut et fort les liens entre certains entrepreneurs et le crime organisé, les impacts néfastes sur notre démocratie ainsi que l’urgence d’agir.

 

D’un autre côté, Mme Lise Thériault, ministre du travail, a aussi fait preuve d’audace en déposant un projet de loi qui remet en cause le placement syndical obligatoire d’une faction plutôt qu’une autre sur les chantiers de construction et qui s’avère éloigné de nos principes démocratiques du libre choix. En ce faisant, elle ose affronter les puissants syndicats dont l’intimidation sous toutes les formes est leur arme la plus fréquente. Son audace s’inscrit dans la remise en cause directe d’une situation déplorée silencieusement par les nombreux acteurs de cette industrie. Elle le fait au risque de sa propre sécurité (au Québec !).

 

Le conseiller, l’expert ou le gestionnaire dans toute organisation fait aussi preuve d’audace à des degrés divers lorsqu’il soumet une idée nouvelle, une innovation prometteuse, un conseil ou un avis hors des sentiers battus mais dans l’intérêt d’une collectivité ou du développement durable. Se taire, suivre la mêlée, être d’accord avec les autres, c’est plutôt se conformer. Ceci dit, l’audace du leader en soi est insuffisante à moins d’avoir du courage.

 

Le courage.

Une fois que l’audace a pris forme, et pour que son impact soit durable ou valable, il lui faut s’associer le courage. Le courage, c’est la qualité de persévérer dans l’initiative malgré le contexte, les obstacles et l’adversité. L’audace sans courage est éphémère. Les deux qualités sont complémentaires : avec l’audace, on ose ; avec le courage, on persiste malgré la difficulté.

 

Steve Jobs a fait preuve de courage et de persévérance tout au long de sa carrière: de ses débuts dans les années 1970, malgré son succès rapide, sa richesse immédiate (il aurait pu se retirer), son éviction d’Apple en 1985, les soubresauts boursiers sans compter ses problèmes de santé depuis 2005. (Je souligne ici également sa mémoire et le remercie en post-mortem pour la qualité des produits Apple et du plaisir que j’ai à m’en servir.)

 

Mme Thériault a eu le courage de déposer son projet de loi et en le défendant sur la place publique. Elle aura besoin de courage pour poursuivre sont but malgré les intimidations et les menaces de toutes sortes qui lui seront adressées. La même chose s’applique pour Mme Rouleau. La poursuite de son combat exigera non seulement du courage, mais que son équipe et que les citoyens l’appuient et la défendent. C’est à ce moment-là que prendra forme le leadership partagé.

 

Le leadership partagé derrière l’audace et le courage des leaders.

Alors qu’une personne prend le leadership de la situation, telle ces deux femmes, et en symbolise sa manifestation pour le bien collectif; les autres membres ont aussi des actions de leadership à exprimer qui auront toute leur propre importance. Ces actions valent pour tout type de groupe mobilisé vers un même but et s’agissent entre autre:

 

  • À appuyer ouvertement, explicitement et publiquement celles qui sont au front; ou qui sont le porte-parole de changements bénéfiques à l’intérêt commun ;
  •  

  • À soutenir, supporter et encourager durant les périodes difficiles. Autrement dit, être co-responsable de la résilience de la chef d’équipe tout comme de la résilience collective. Cet encouragement s’adresse non seulement au leader, mais aussi aux autres participants du groupe ou de l’organisation.
  •  

  • À proposer des solutions aux défis de réalisation du changement visé; être un solutionneur proactif plutôt qu’un observateur-passif. Autrement dit, être co-responsable des moyens et des efforts requis à l’atteinte du but poursuivi ;
  •  

  • À rappeler aux uns et aux autres la mission, les objectifs poursuivis et les valeurs communes et à recentrer le groupe sur la cible visée et le sens de sa mission ;
  •  

  • À construire et renforcer le sentiment d’efficacité du groupe en rappelant ouvertement les progrès, la capacité du groupe à réussir malgré les déceptions et ses succès passés, ses compétences, ses expériences et en parlant en bien du groupe et de chacun de ses membres ;
  •  

  • À développer non seulement son propre leadership, mais également à supporter le développement du leadership de ses collègues et de ses collaborateurs. Rappelez-vous que le leadership d’une équipe est aussi fort que celui de son maillon le plus faible ;
  •  

  • À agir proactivement en vue d’atteindre ses propres résultats visés et d’être en constant apprentissage, à la fois vertical et horizontal, afin de renforcer la force collective.

 
 

Conclusion.

Une conception du leadership limitée à l’attribut des personnes à la tête d’une organisation ou d’une société est restreinte au strict exercice de l’autorité. Concevoir le leadership que comme la domination d’une personne SUR les autres, c’est confondre leadership et manipulation, leadership et charme, voire même leadership et coercition. Enfin ne concevoir le leadership que comme une qualité exceptionnelle et réservée aux plus talentueux, c’est soit légitimer sa passivité lorsque l’on se dit que le talent appartient aux autres, soit s’avérer arrogant lorsque l’on s’en croit le rare investit.

 

Au contraire, le leadership c’est d’abord et avant tout le processus de mobilisation volontaire entre les membres d’un groupe qui, partageant les mêmes valeurs, unissent leurs efforts afin d’atteindre un but commun. Pour y arriver, audace et courage seront les deux ingrédients essentiels des leaderships individuels et collectifs.

 
 

Edith Luc

 

©2011 Edith Luc. Tous droits réservés.


Leave a Reply