À l’halloween, faites tomber les masques! Ou comment influencer autrement que par l’unique recours à l’autorité, au charme, à la manipulation ou à l’intimidation.

En cette journée de l’halloween, existeraient-ils des squelettes, des fantômes d’un autre âge qui se cacheraient derrière nos conceptions du leadership ?

 

Je vous propose aujourd’hui de revoir certaines pratiques d’influence qui se cachent derrière quatre types de « masques » traditionnels d’influence (l’autorité, le charme, la manipulation de la vérité et l’intimidation). Ce sont des masques dans la mesure où le leader agit par stratège plutôt que par authenticité et qu’il voit dans les autres des moyens d’atteindre ses fins personnelles.

 
 
 
 

Premier masque : L’influence par autorité seulement.

L’autorité est nécessaire et légitime dans toute société et organisation, mais en faire son principal mode d’influence est contraire à une véritable mobilisation. Le détenteur de pouvoirs formels porte ce genre de masque lorsqu’il abuse de son autorité afin d’amener des personnes à agir d’une certaine façon. C’est aussi le même masque qui est utilisé lorsque l’on cherche à influencer en faisant trop souvent référence à l’autorité de quelqu’un d’autre (le patron).

 

Les mécanismes d’influence derrière le recours direct ou indirect à l’autorité sont la menace implicite de récompenses ou de punitions sous formes de perte de statut, de pertes économiques, voire de perte d’emploi si l’obéissance n’est pas au rendez-vous. Peut-on alors parler de véritable engagement ?

 

En leadership partagé, les membres d’un groupe agissent sans se référer continuellement à l’autorité, aux ordres ou aux demandes venues d’en haut. Comment ? En ayant un engagement réel envers une mission commune et des valeurs claires qui leur permettront de s’exécuter ou non selon la commande qui leur est adressée. Sinon, ils agissent que parce qu’ils sont mus par la crainte de l’autorité ce qui comporte des risques de dérives lorsque les ordres sont «hors jeu» ou lorsque la situation à régler est nouvelle, sans possibilité de directives claires.

 

Plus le masque de l’autorité est utilisé dans l’exercice du leadership et moins se développera chez le personnel l’autonomie, la responsabilisation et la créativité nécessaires ; toute l’organisation attendant les signes venant du leader en autorité formelle.

 

Deuxième masque : L’influence par le charme.

Ici, le leader porte un autre masque en mobilisant surtout par le charme plutôt que par la mission commune. Il agit telle une araignée fileuse qui tisse sa toile pour attirer ses adeptes. Son modus d’influence se fait en complimentant les uns, en leur donnant des attentions particulières ou des privilèges, en les rassurant au besoin selon leurs faiblesses ou lacunes, en les mobilisant grâce à sa force personnelle de convictions.

 

Le risque derrière ce masque réside dans la fragilité du leadership qui repose sur le charme du leader, seul capable de mobiliser les autres parce qu’il est le centre de leur attention.
Qu’une déception arrive, qu’une crise se présente et le masque peut vite tomber. Se produit alors souvent un désengagement généralisé d’autant plus durable que le leader-charmeur (ou charismatique) démasqué n’a pas développé la confiance de ses collaborateurs en leur propre capacité de décider et d’agir par eux-mêmes!

 

Troisième masque : L’influence par manipulation de la vérité.

Cette autre forme d’influence repose sur la manipulation. Certes le charme est une forme de manipulation mais je fais référence ici aux manipulations qui trichent encore davantage la vérité. C’est le cas lorsque le leader ne donne qu’une partie de la vérité, ou encore lorsqu’il ne donne qu’une partie de l’information à l’un et une autre partie à quelqu’un d’autre.

 

Ce qu’il affirme n’est pas tout à fait faux mais ce n’est pas non plus la vérité complète. C’est la vérité qui est ici masquée.

 

Ce style d’influence a beaucoup de souffle jusqu’au jour où les membres comparent entre eux les informations, les tentatives de manipulation dont ils font l’objet; c’est alors que le pouvoir du leader commence irrémédiablement à s’effriter et que le masque tombe…derrière un décor fait d’illusions. Dans notre époque hyper-connectée, l’influence par la manipulation de la vérité n’est que très éphémère. Il en coûte généralement très cher à l’organisation et au leader lorsque ce masque tombe.

 

Quatrième masque : La mobilisation par l’intimidation.

Ce dernier masque est celui qui fait le plus peur, c’est celui qui mobilise en faisant appel à l’insécurité des personnes. Le leader porte le masque de la terreur, par exemple en ayant recours aux menaces de toutes sortes, directes ou indirectes: les gros bras, la menace physique, tout comme les gros mots. On invoque des cataclysmes qui vont arriver si l’on ne se retranche pas derrière la «force protectrice» du leader en question ou de l’organisation: les faillites des uns ou le terrorisme venant d’ailleurs.

 
 

Conclusion.

Dans le contexte de l’hyper-médiation, c’est-à-dire, où chacun est une vitrine, où l’information est rapidement accessible et transférée de l’un à l’autre, il n’y a pas de masque qui dure longtemps. Mieux vaut apprendre à se faire confiance et à valoriser l’authenticité dans les rapports avec les autres.

 

Dans le leadership partagé ou le leadership de collaboration, les formes sous-jacentes de mobilisation reposent davantage sur l’authenticité que sur la tricherie, la manipulation par le charme ou toutes autres.

 

Ainsi, c’est au cœur du leadership partagé que l’on trouve un dialogue marqué par l’authenticité et orienté vers la mission commune. Les collaborateurs sont appréciés pour leurs aptitudes personnelles, mais surtout pour leur apport à la mission commune et non, pour leur soumission à l’autorité, leur adulation au leader centrique ou leur confiance naïve en un manipulateur de vérité.

 

Et sur ce… Joyeux Halloween !

 
 

Edith Luc, Ph.D.

 
 

© 2011 Edith Luc. Tous droits réservés.


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