5 erreurs dans l’exercice du leadership

Dans notre culture nord-américaine très orientée vers le positivisme, on oublie trop souvent de se rappeler les leçons apprises des erreurs passées, notamment de celles qui se sont égarées dans l’exercice du leadership.

 

Inspirée de mes observations dans diverses entreprises, je vous invite à réfléchir non pas à ce qu’il faut faire pour exercer du leadership, mais aux erreurs à éviter.

 

Il y en a plusieurs mais cinq d’entre elles me paraissent assez importantes. Les voici :

 

    1. S’écarter de la mission commune
    2. Décider selon ses intérêts personnels au détriment des besoins du groupe
    3. Se servir des autres pour atteindre des fins personnelles
    4. Détourner la vérité
    5. S’entourer de personnes dociles ou incompétentes

 
 

S’écarter de la mission.

Exercer du leadership, c’est mobiliser les autres autour du but commun tant dans le parcours de la personne que dans celui de son passage dans l’organisation. L’exercice du leadership demande de préciser la mission, tout autant que l’image du futur qu’est la vision. Et cela demande en plus de la rappeler régulièrement afin que personne ne s’en écarte dans les dédales du quotidien.

 

Mais il arrive trop souvent que les leaders perdent de vue cette mission ou qu’ils n’ont pas de vision, ni claire ni partagée, de ce vers quoi ils souhaitent faire avancer leur équipe, leur organisation. La mission peut être, tel à titres d’exemples: la santé des patients, la qualité de vie des citoyens, le service aux clients, le développement des élèves, la capitalisation du patrimoine financier des clients, etc. Mais pris dans les opérations, les multiples projets et les priorités de chaque jour, sinon les impératifs financiers, l’erreur du leader est soit de s’écarter de la mission, soit d’omettre de la rappeler au besoin aux collaborateurs.

 

Au fil du temps, les collaborateurs dispersent leurs énergies à réaliser leurs propres projets selon leurs intérêts personnels et c’est alors qu’on assiste à des silos d’expertise, de responsabilités, de tâches ou de projets.

 

Le leader, tout comme ses partenaires et collaborateurs qui travaillent en leadership partagé pour réaliser la mission, auront soin de la rappeler afin de s’en inspirer lors des prises de décisions, des planifications, des crises et des situations difficiles. Cette mission servira de guide à l’élaboration de la vision, au choix des orientations stratégiques, à l’élaboration et l’exécution des plans d’action.

 

Décider selon ses intérêts personnels au détriment des besoins du groupe.

Un des rôles du leader est de s’assurer que son équipe, son organisation a ce qu’il faut pour réaliser cette mission commune. Cela signifie non seulement les outils, les informations, mais aussi le capital de collaboration et de confiance entre eux pour réussir.

 

Une des erreurs que le leader peut commettre, c’est prendre des décisions en fonction d’abord de ses propres priorités (ex. dossier plus captivant que les autres), son organisation du temps ou ses préférences professionnelles (voire interpersonnelles). En ce faisant, il ou elle s’écarte du coeur de son rôle qui est celui d’être en support à son groupe pour la réalisation de la mission, du mandat commun. Et c’est alors que les critères de décisions deviennent tronqués.

 

Pour prévenir ce genre d’erreurs, le leader aura soin de se rappeler la portée de son rôle en lien avec les besoins de la collectivité dont elle est la fiduciaire. Est-ce que la décision sert d’abord à la collectivité (ex. clients, patients, citoyens, actionnaires) ou si elle sert d’abord ses intérêts personnels ou encore les intérêts d’un groupe au détriment de la collectivité ?

 

Se servir des autres pour atteindre ses fins.

La réalisation d’un projet commun, d’une mission demande au leader de capitaliser sur les forces des membres de son équipe ou de son organisation. L’erreur du leader est de voir dans ses collaborateurs et collaboratrices que les moyens pour arriver à cette fin, sans considération ni manifestation d’empathie pour leurs propres besoins personnels, leurs intérêts professionnels.

 

Un des facteurs de mobilisation du personnel dans notre ère du savoir et où la durée de vie des organisations est volatile réside dans les possibilités de se développer. Un leader doit donc d’être attentif aux besoins des membres de son équipe ou de son organisation. Lorsqu’un leader devient exclusivement attentif sur la fin à atteindre, elle érode le capital de collaboration, tout simplement parce ses collaborateurs se sentiront utilisés sans réciprocité ni générosité, les deux piliers de la collaboration et de la confiance.

 

L’empathie est une compétence que le leader développera afin d’équilibrer ses demandes, les besoins de l’organisation et les besoins de ses collaborateurs. Autrement dit, le soin de ses collaborateurs sera aussi un principe directeur dans l’exercice du leadership.

 

Détourner la vérité

Tout leader est confronté tôt ou tard à des situations où toute vérité ne pourra être communiquée, soit parce que l’information est incomplète, soit parce que l’annonce prématurée de décisions risque de perturber inutilement. Dans ce genre de situations, le leader navigue dans des eaux troubles. L’erreur est de détourner ou de masquer la vérité en omettant des informations, en donnant de fausses justifications, ou invoquant des motivations de décisions.

 

En ce faisant, le leader vient d’entacher le capital de confiance qui le lie à son groupe. Ses collaborateurs qui lui ont donné confiance ne pourront plus être mobilisés avec la même énergie. Il lui faudra à l’avenir redoubler d’efforts alors qu’auparavant la pleine confiance était au rendez-vous.

 

Que faire pour éviter ce type d’erreurs ?

 

Dans la mesure de son courage et du possible, le leader se doit d’être honnête avec ses collaborateurs, car ils méritent cette confiance réciproque. Le leader sera peut-être même surpris de leur capacité d’entendre cette vérité et d’en discuter de façon mature. Toute vérité n’est pas bonne à dire, mais mentir et tromper la vérité est pire encore.

 

Le leader aura soin de réfléchir à la pertinence de traiter des sujets sur lesquels il ne pourra être transparent. Mieux vaudra les discuter ultérieurement quitte à dire ouvertement que l’information est incomplète, que des discussions sont encore en cours ou qu’ils seront informés dès que les informations seront plus précises ou que les décisions seront prises.

 

Le courage est une qualité que le leader peut renforcer continuellement en osant faire face elle-même à ses propres peurs et à ses craintes.

 

S’entourer de personnes dociles ou incompétentes.

L’exercice du leadership est un équilibre entre la mobilisation volontaire et faire des demandes claires de performance. Certains leaders préfèrent avoir autour d’eux des personnes qui les adulent, qui s’exécutent sans questionner, voire des personnes moins compétentes. Mais cette facilité est un leurre d’autant plus lorsqu’il s’agit de travailleurs du savoir. C’est un leurre car tôt ou tard, ces faibles collaborateurs représenteront un risque à la réalisation de la mission commune parce qu’ils n’oseront pas soulever des lacunes ou des risques, questionner ou faire avancer autrement les débats pour plus d’innovations et d’agilité.

 

Et que dire de la relève lorsque le leader quitte?

 

Le leader se doit donc de renforcer à la fois sa confiance en elle-même et son courage afin de s’entourer des meilleurs collaborateurs, afin d’élever des débats autour d’elle et d’établir des niveaux de dialogue supérieurs où la mission commune guide la réflexion, la résolution des défis et la recherche des innovations.

 
 

Conclusion.

La pratique du leadership est une mobilisation de soi et des autres qui exige d’être au service de la mission commune. Pour y arriver le leader doit surmonter régulièrement divers défis tels que : centrer les personnes, leurs efforts et leurs décisions sur la mission commune ; servir avant tout les besoins de la collectivité dont le leader est fiduciaire ; prendre soin de ses collaborateurs afin de réaliser cette mission commune ; démontrer courage et franchise et agir avec authenticité et s’entourer de personnes compétentes et exigeantes, orientées vers l’excellence dans la réalisation de cette mission commune.

 
 

Edith Luc, Ph.D.

 

© 2011 Edith Luc. Tous droits réservés.


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